jeudi 23 octobre 2014

La réserve faunique de Matane : un territoire d’expérimentation pour les aires protégées polyvalentes

Ce dimanche 19 octobre, nous avons été accueilli au sein de la réserve faunique de Matane par Jean-François Lamarre, de la SEPAQ.

Fiche d’identité de la réserve faunique de Matane

Localisation : chaîne de montagnes des Appalaches
Surface : 1275 km²
Date de création : 1962
Gestionnaire : la SEPAQ (Société des établissements de plein air du Québec)
Vocations :
-          La conservation des espèces et la mise en valeur des forêts
-          La récréation (chasse, pêche, randonnée).

La difficile question de l’équilibre sylvo-cynégétique

Chaque année de début septembre à début novembre, 450 groupes en moyenne viennent chasser l’orignal dans la réserve faunique de Matane. Ces 8 dernières années, les prélèvements orientés sur les femelles ont permis de réduire la densité de population d’orignaux, dont l’impact sur la forêt devenait préoccupant .

La réserve faunique de Matane est très réputée pour cette chasse. En 2014, 60 000 personnes ont candidaté pour venir chasser.
Historiquement, la densité excessive d’orignaux s’explique successivement par :
      Une épidémie de tordeuse du pin dans les années 1970 entraînant une récolte sanitaire massive
      Un afflux de bois important sur le marché et un rajeunissement des forêts, favorable au gagnage de l’orignal
      Une explosion consécutive des populations d’orignaux entraînant une renommée de la chasse
      Un blocage de la régénération naturelle des forêts
      La décision des forestiers de planter de l’épinette, moins appétence, avec pour conséquence un habitat moins favorable aux orignaux.
On constate ici le difficile équilibre entre revenus de la chasse et revenus de la forêt, d’autant plus que la baisse de population des orignaux a été permise grâce à la mobilisation des chasseurs.

Abroutissement par l’orignal

Orignal (photo SEPAQ)

Quelle forêt dans la réserve faunique de Matane ?

La forêt a été exploitée ces 100 dernières années. Les plateaux présentent actuellement une grande proportion de plantations d’épinettes âgées de 0 à 30 ans tandis que les zones moins accessibles portent encore des forêts anciennes, à fort degré de naturalité. Les plantations font aujourd’hui l’objet de travaux de conversion vers des peuplements irrréguliers dans le but de réduire l’écart avec les forêts naturelles (principe de l’aménagement écosystémique).
La gestion de la forêt, publique, est planifiée par le gouvernement et mise en œuvre par les compagnies forestières.

Plantation d’épinettes

La coordination des actions entre tous les acteurs

Le statut de réserve faunique pourrait apparaître a priori comme un statut de protection y compris pour la ressource forestière ; or la gestion y est pratiquée selon les mêmes modalités qu’à l’extérieur. Une gestion plus intégrée permettrait de concilier davantage les utilisations de ce territoire reconnu. Le dispositif existant actuellement (« tables de concertation » réunissant l’ensemble des acteurs concernés) ne semble pas à la hauteur de l’enjeu de ce territoire.
La mise en place d’une aire protégée polyvalente, permettant de concilier les différentes pratiques, est une piste développée actuellement, d’autant que cette réserve jouxte le parc national de la Gaspésie, présentant des enjeux connectés (par exemple, le maintien de la population de caribou montagnard).



Observation d'un pygargue à tête blanche dans la réserve faunique

Article rédigé par Isabelle et Zoë

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