jeudi 30 octobre 2014

Visite de la forêt Montmorency au nord de Québec

La dernière demie-journée de cette mission a été consacrée à la visite de la forêt Montmorency, propriété du Gouvernement provincial dont la gestion est déléguée à la Faculté de foresterie de l'Université Laval depuis 1964.

Dés son origine, cette forêt de 6 600 ha était pensée comme une "forêt modèle" dans laquelle une gestion polyvalente devait être mise en œuvre. Depuis, la forêt a été étendue à 41 200 ha (en Juillet 2014).
La production de bois génère des revenus essentiels pour la viabilité de la forêt – maximum 13000 m3 par an exploités.
La forêt tire également des revenus du tourisme de vision (sorties pour aller voir les orignaux et loups).
La forêt n'est pas chassée ; le loup semble être un régulateur naturel suffisant car la régénération naturelle est pratiquée. L'économie liée au tourisme de vision y est pour quelque chose également.

Cette forêt est certifiée FSC.

Une gestion concertée
Son plan d'aménagement est soumis par un comité d'aménagement, réunissant les principaux acteurs concernés: municipalités régionales de comté, communautés autochtones, corps enseignant, étudiants de la faculté, etc. Il est approuvé par un Conseil d'administration et mis en œuvre par l'équipe de direction de la forêt. Cette gestion est unique au Québec. Les objectifs de la gestion sont les suivants :
  • Recherche et amélioration continue
  • Conservation du milieu et des ressources forestières
  • Mise en valeur du territoire et des ressources forestières
  • Enseignement et formation continue
  • Éducation populaire et appui au milieu

Quelle gestion est mise en œuvre ?
La forêt est gérée selon le principe d'aménagement écosystémique depuis 1966 ! Elle est constituée de forêts boréales humides, situées au contact des domaines de la sapinière à bouleau jaune et de la sapinière à bouleau blanc. La sylviculture appliquée est une sylviculture de "rétention", s'inspirant des régimes de perturbations naturels. La coupe rase y est appliquée avec rétention de vieux bois et de bois mort sur des zones pouvant atteindre plusieurs hectares, ce qui peut interpeller le forestier tempéré convaincu que la coupe rase est tout sauf "proche de la nature" !

Mais en regardant de plus près le régime de perturbation naturelle local, gestionnaires et chercheurs ont constaté que le principal facteur de perturbation de ces forêts boréales humides, ce n'est pas la sénescence, ni les incendies, mais les épidémies de ravageurs comme la tordeuse des bourgeons de l'épinette ou l'arpenteuse de la pruche. Ces épidémies ne se répartissent pas uniformément sur l'ensemble de la forêt, et sont plutôt concentrées sur des zones ou "patchs" allant de moins de 10 ha jusqu'à 100 ha ; cependant la mortalité au sein de ces zones n'est pas totale, 1/3 survivraient.

En imitant le régime de perturbation naturelle, le sylviculteur pratique une gestion en "forêts mosaïques", où un patchwork de peuplements d'âges variables s'imbriquent dans l'espace. La présence de grandes ouvertures est également favorable au maintien de l'orignal, dont la population est régulée par la présence de "top-prédateurs" comme l'ours et le loup.

Par ailleurs, 20% de la forêt est constituée d'aires protégées strictes et 20% est gérée en irrégulier.
Schéma Université Laval

Le Sapin est actuellement l'essence-reine de cette forêt, cependant des réflexions concernant le changement climatique sont à l'étude.

Démontrer la viabilité
L'équilibre économique semble être atteint dans cette forêt qui intègre à la fois des objectifs de production, de conservation de la biodiversité et des usages traditionnels et nouveaux, ce qui serait une preuve que l'aménagement écosystèmique n'est pas en contradiction avec l'atteinte d'objectifs économiques. Le modèle de la forêt Montmorency pourrait même faire l'objet d'une analyse économique un peu plus détaillée pour étayer la justification économique du modèle des Aires protégées polyvalentes.
 La forêt de Montmorency vue depuis le belvédère. l'aspect "mosaïque" est visible.

Lien vers le site de l'université Laval / forêt Montmorency : http://www.fm.ulaval.ca/accueil.asp


Article rédigé par Jérôme et Zoë

1 commentaire:

  1. Cette forêt arrivera peut-être à sauver la planète. En effet, sa gestion correspond parfaitement aux principes du développement durable qui vise non seulement à conserver la biodiversité, mais également à l'exploiter de façon à ne pas nuire aux générations futures. Espérons que de nombreux pays suivront ce modèle.

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